– pourquoi dites-vous que l’écriture est une activité utile ?

– eh bien Raymond, si le docteur Petiot s’était contenté d’écrire des romans noirs, on aurait évité une bonne trentaine de morts, dont la sienne

La Ronde (mars 2018) : Dialogues

cette fois ci, le mot choisi pour la Ronde est : « dialogues » et je remercie JP Boureux pour ce très beau texte et ce clin d’oeil à l’actualité ! et mon propre texte est chez Elise

 

4MareScoloNeigeW.jpg

Dialogue entre nymphes des eaux et hommes.

Briser la glace, ne pas rester de glace.

Un plafond de verre dépoli laiteux revêt la surface d’une mare congelée en février dernier. Silence neigeux alentour.

N : – je viens de percevoir le reflet rubis de la beauté du monde des hommes…

N : – tu t’égares mais un rayon solaire cligne effectivement de l’œil vers nous. Et si c’était … ?

Quelques heures plus tard une coulée de vents tièdes dégouline d’un pâle soleil et des craquements se font entendre, annonciateurs du dégel.

GlaceBronzeW.jpg

P : -entendez-vous ces éclatements sous la surface ? Regardez : les glaces bougent, de l’eau noire envahit déjà par vagues lentes la blancheur perdue et grise ce monde figé qui redevient aquatique.

NN : -nous n’en pouvons plus d’attendre ce dégel, agissons ensemble et soulevons ce couvercle translucide qui masque la beauté de notre Hylas !

Dans le fracas des bruits d’un brise-glace des plaques gelées explosent en surface, des fragments diamantés s’accrochent aux pierres de la rive ou demeurent suspendues dans la proche végétation.

GlaceBullesW.jpg

NN : -quelle splendeur, quel visage merveilleux, Hylas est de retour, venez et voyez !

PP : -jetez un coup d’œil sur et au travers de ces glaces, admirez ces bulles, ces reflets bronzés, ces vagues rougeoyantes…

NN : – Pauvres hommes incrédules, vous ne voyez jamais que la réalité d’hier, l’état antérieur de vos connaissances et certitudes ! Nous, messagères des ondes, percevons des formes, des signes infiniment renouvelés dans le visage et les traits superbes de notre Hylas bien aimé. Mars vainqueur a libéré Neptune des chaînes de l’hiver : la mer de glace est morte, la  glace de mer s’écoule en torrents de vie et là-bas, sur les rives de l’île du printemps, Vénus va surgir en son sacre ! Emmenons Hylas !

GlaceVisageW.jpg

Le débat engagé en Grande-Bretagne suite au retrait du tableau de J. W. Waterhouse des cimaises de la Manchester City Art Gallery: « Hylas et les Nymphes » (1896), dont vous trouverez la teneur ici :

https://www.minutenews.fr/divertissement/culture/271696-271696.html

m’a incité à rédiger cet article en forme de dialogue. Les personnages sont une ou des nymphes (N et NN) et des passants ou voyageurs humains (PP)

La photographie du tableau de Waterhouse provient de l’article susdit et les autres photographies sont de Jean-Pierre Boureux. Elles ont été réalisées en ce début de mars 2018 à partir de la glace formée sur une mare au travers de laquelle une forme colorée apparaît diversement  suivant la distance et l’orientation de la plaque de glace et de l’objet. Aucun trucage n’est utilisé.

 

 

WaterhouseHylasNymphesW.jpg

Oui

I

mes paroles dureront

le temps qu’il faut

on fera du papier

avec les feuilles mortes

des brouillons

 

l’encre tirée

de la nuit sèche

et le matin

un coup de vent disperse

les mots

 

faut-il briser

le silence

par trop de bruit

que font

nos lèvres ?

 

allons !

je n’ai rien dit d’inutile

j’ai pesé

pensé à chaque

phrase

 

II

le reste des paroles

repose la nuit

de ses excès

de noir

et de sa suie

 

on ramasse

la monnaie

des verbes

avec la mousse

adjective

 

on donne

ce qu’on peut

on paie

de mots

la vie entière

 

mes frères

mes amis lecteurs

à qui

je donne

tout

 

III

sans importance

il marche

sous les façades

que le soleil

carambole

 

dis : ceux qui parlent

dans la foule

pacotille

de la foule

que disent ils ?

 

ce que chacun

fait divers

qui bien vite

s’oublie

se défait

 

mais au fond de moi

il y a je te dis

le rire

la joie

la sève qui pousse

 

I

mes paroles dureront
le temps qu’il faut
on fera du papier
avec les feuilles mortes
des brouillons

l’encre tirée
de la nuit sèche
et le matin
un coup de vent disperse
les mots

faut-il briser
le silence
par trop de bruit
que font
nos lèvres ?

allons !
je n’ai rien dit d’inutile
j’ai pesé
pensé à chaque
phrase

II

le reste des paroles
repose la nuit
de ses excès
de noir
et de sa suie

on ramasse
la monnaie
des verbes
avec la mousse
adjective

on donne
ce qu’on peut
on paie
de mots
la vie entière

mes frères
mes amis lecteurs
à qui
je donne
tout

III

sans importance
il marche
sous les façades
que le soleil
carambole

dis : ceux qui parlent
dans la foule
pacotille
de la foule
que disent ils ?

ce que chacun
fait divers
qui bien vite
s’oublie
se défait

mais au fond de moi
il y a je te dis
le rire
la joie
la sève qui pousse

I

mes paroles dureront
le temps qu’il faut
on fera du papier
avec les feuilles mortes
des brouillons

l’encre tirée
de la nuit sèche
et le matin
un coup de vent disperse
les mots

faut-il briser
le silence
par trop de bruit
que font
nos lèvres ?

allons !
je n’ai rien dit d’inutile
j’ai pesé
pensé à chaque
phrase

II

le reste des paroles
repose la nuit
de ses excès
de noir
et de sa suie

on ramasse
la monnaie
des verbes
avec la mousse
adjective

on donne
ce qu’on peut
on paie
de mots
la vie entière

mes frères
mes amis lecteurs
à qui
je donne
tout

III

sans importance
il marche
sous les façades
que le soleil
carambole

dis : ceux qui parlent
dans la foule
pacotille
de la foule
que disent ils ?

ce que chacun
fait divers
qui bien vite
s’oublie
se défait

mais au fond de moi
il y a je te dis
le rire
la joie
la sève qui pousse