Oui

I

mes paroles dureront

le temps qu’il faut

on fera du papier

avec les feuilles mortes

des brouillons

 

l’encre tirée

de la nuit sèche

et le matin

un coup de vent disperse

les mots

 

faut-il briser

le silence

par trop de bruit

que font

nos lèvres ?

 

allons !

je n’ai rien dit d’inutile

j’ai pesé

pensé à chaque

phrase

 

II

le reste des paroles

repose la nuit

de ses excès

de noir

et de sa suie

 

on ramasse

la monnaie

des verbes

avec la mousse

adjective

 

on donne

ce qu’on peut

on paie

de mots

la vie entière

 

mes frères

mes amis lecteurs

à qui

je donne

tout

 

III

sans importance

il marche

sous les façades

que le soleil

carambole

 

dis : ceux qui parlent

dans la foule

pacotille

de la foule

que disent ils ?

 

ce que chacun

fait divers

qui bien vite

s’oublie

se défait

 

mais au fond de moi

il y a je te dis

le rire

la joie

la sève qui pousse

 

I

mes paroles dureront
le temps qu’il faut
on fera du papier
avec les feuilles mortes
des brouillons

l’encre tirée
de la nuit sèche
et le matin
un coup de vent disperse
les mots

faut-il briser
le silence
par trop de bruit
que font
nos lèvres ?

allons !
je n’ai rien dit d’inutile
j’ai pesé
pensé à chaque
phrase

II

le reste des paroles
repose la nuit
de ses excès
de noir
et de sa suie

on ramasse
la monnaie
des verbes
avec la mousse
adjective

on donne
ce qu’on peut
on paie
de mots
la vie entière

mes frères
mes amis lecteurs
à qui
je donne
tout

III

sans importance
il marche
sous les façades
que le soleil
carambole

dis : ceux qui parlent
dans la foule
pacotille
de la foule
que disent ils ?

ce que chacun
fait divers
qui bien vite
s’oublie
se défait

mais au fond de moi
il y a je te dis
le rire
la joie
la sève qui pousse

I

mes paroles dureront
le temps qu’il faut
on fera du papier
avec les feuilles mortes
des brouillons

l’encre tirée
de la nuit sèche
et le matin
un coup de vent disperse
les mots

faut-il briser
le silence
par trop de bruit
que font
nos lèvres ?

allons !
je n’ai rien dit d’inutile
j’ai pesé
pensé à chaque
phrase

II

le reste des paroles
repose la nuit
de ses excès
de noir
et de sa suie

on ramasse
la monnaie
des verbes
avec la mousse
adjective

on donne
ce qu’on peut
on paie
de mots
la vie entière

mes frères
mes amis lecteurs
à qui
je donne
tout

III

sans importance
il marche
sous les façades
que le soleil
carambole

dis : ceux qui parlent
dans la foule
pacotille
de la foule
que disent ils ?

ce que chacun
fait divers
qui bien vite
s’oublie
se défait

mais au fond de moi
il y a je te dis
le rire
la joie
la sève qui pousse

La Ronde # Janvier 2018 : Paysages

Merci Franck pour ce très beau texte pour la Ronde, tu aimes et tu connais si bien la peinture, et dans les échanges de nos blogs mon texte chez Hélène

Kaléidoscope hippocampique

J’aimerais que tu puisses le voir. Bien sûr il faut de la hauteur, une position dominante, un point de vue (version le lys dans la vallée). À l’horizon, une ligne mamelonnée de collines bleu gris au crépuscule, plus clair à l’aube mais qui, toujours, tranche avec l’éther. Il y faut du relief, des champs bien peignés alternent avec des forêts crépues qui tombent en cascades jusqu’à nos pieds. Une rivière court entre les courbes, semant un chapelet d’arbres bien alignés. Sur la droite, un donjon domine; de sa butte, une armée de bosquets déboule vers la vallée inondée de soleil. Au-dessus ronde le rapace au regard aigu.

À l’aplomb de la falaise qui porte le château, se cache l’orifice d’une grotte sous un rideau de ronces (version Casteret). Au sol, sous la voûte calcite, une jonchée d’os mêlés au gras d’un terreau noir et grumeleux protège les vestiges enfouis plus profondément d’autres présences. Ici, le silence est souverain. Le temps n’a plus de prise. Les dieux ont déserté les lieux depuis les premières aubes. On voudrait se lover dans une anfractuosité de la roche, sur un lit de sable roux en compagnie d’une partie de mandibule encore partiellement dentée. Là, avec une minérale attention, on ferait corps avec le squelette du paysage, cartilage costal d’un thorax vide où l’air n’est plus respiré. Plus loin, au fond de l’antre, c’est une ingurgitation par des parois humides et lisses qui se serrent, une reptation aveugle de lombric, le profond inconnu.

Au bout d’une éternité, aveuglé comme la taupe, on émergerait du rideau de ronces pour renaître au paysage (version Da Vinci). D’étranges montagnes ont surgi à l’horizon, abruptes se jetant dans une mer courte qui se termine vers nous en un littoral plat. Encore plus proche du regard, sur la gauche, un chemin serpente en S inversé, un peu grotesque, pour se perdre dans des bosquets. A la même hauteur, sur la droite, un pont enjambe une rivière qui court à la mer. Le buste repose sur le paysage comme sur un coussin couvert d’une tapisserie fanée. De toutes façons, les yeux sont trop rapprochés, l’arête du nez trop longue, la bouche trop étriquée, le paysage trop froid.

Fi du figurant (version de Staël), on tourne le regard vers Agrigente. Le ciel épais est rouge ou noir. Les triangles du paysage brûlent, jaune, violet, blanc, entrent en ébullition, se percutent et laissent des espaces entre les plans où tout devient possible.

Figuratif défiguré, figurez-vous, j’en vois qui n’accrochent pas. Certains sont plus carte postale, et c’est aussi acceptable (version souvenirs d’Islande). Un coeur de glace et de feu. La terre fume par endroits. Les animaux se résument à des moutons blanc ou noir vissés sur chaque flanc de montagne, parfois un trio tient un conciliabule hermétique dont n’émergent que des postérieurs clairs. De petits chevaux écoutent, sans bouger, le regard fixé sur l’horizon, le message crypté sur la portée des vents ou bien sont allongés de tout leur long, à faire le mort. Des oiseaux par milliers, le macareux au vol saccadé, bec arc-en-ciel et oeil en étoile noire, des cygnes aussi sauvages que des canards, des canards aussi gros que des oies, des rennes paraît-il, des baleines qui se voient, des poissons invisibles. Les plaines défoncées, à perte de vue, de lave figée, sont hostiles à toute marche, recouvertes d’une mousse vert pâle, les montagnes aux arêtes déchiquetées, et sur les pentes cultivables, des gazons impeccables saupoudrés de chamalow géants.

Vois-tu enfin? Une ondulation de plaines cultivées, impeccablement floue (version Richter). Au premier plan c’est vert humide et terre retournée. Sur la gauche, une autre sente serpente, discrète. Un camaïeu harmonieux de semis vert recouvre les vagues de champs jusqu’à l’horizon où émergent timidement d’autres collines bleutées. Le ciel est-il couvert, a-t-il déjà plu ou bien va-t-il bientôt pleuvoir? De la parfaite ordonnance du calme se dégage une bruine de tristesse, le souvenir flou d’une ballade de fin d’après-midi, un dimanche d’octobre, près de Coblence, en 1987.