promenades (avec Joseph)

il est tôt le matin c’est comme si personne n’était réveillé Daniel a emmené les petits à la crèche c’est gentil je pars plus tard dans l’entrée de l’immeuble  je ramasse le courrier regarde une minute pour la millième fois les noms des adresses au premier le couple Lasson au dessus Mathieu Legendre puis Léon et Madeleine Gagossian et puis Sylvie de Tenières avec ses deux enfants et Simon Mebazaa qui occupe le studio de John Spalding

celui qui est resté vide pendant plus de dix ans après la mort de JS et c’est à ce moment là que j’ai retrouvé dans la fatras des sacs et des encombrants les carnets qu’il avait laissés soigneusement classés par numéro dans un carton Déméco de déménagement il fait beau on entend le chant des oiseaux un trille de mésange charbonnière par la fenêtre de la cour elle est assise cette chérie sur la poignée de porte chaque maison appartement domicile

nid est une vie un univers un anagramme de moi je suis tous et je suis moi quand JS est mort le loyer a continué pendant plusieurs mois d’être prélevé disait la propriétaire et c’est bizarre parce que normalement quand la personne meurt il y a une sorte d’autorité qui vient fermer aussi le compte que je vois moi avec une grande faux bleu acier sur l’épaule le visage dans l’ombre les yeux brillants & qui coupe tout mouvement financier

alors que quand John est mort l’argent continuait de s’en aller de fuir comme un réservoir qui goutte après un accident il est mort bêtement en traversant une rue une route Roland Barthes non une petite rue dans le douzième où il travaillait un accident de scoorter le type casqué était comme un bolide et Spald pas du tout du genre à traverser en dehors des clous est resté plusieurs semaines dans le coma à la fin je pense que les

organes ont été prélevés disait le propriétaire ou le notaire je ne sais plus Pas de famille Madame, hein, comment obtenir une autorisation je vous le demande ? et peut-on aussi tyransfuser greffer les textes ré-utiliser les mots des morts ceux de ma mère et ceux qu’a sans doute prononcé F puis je pense au travail impressions tissus couleurs fleurs lin tendu blanc projeté projets roses et lys capucines aréoles de sein orangé bistre travailler

le support avec éponges enduites de jus d’encre savoureuse coloré vert émeraude bleu printemps branches agitées rameaux puis le visage en photo d’Eric Le Bresson façon studio Harcourt qui se projette et ensuite murs en meulière étais d’acier pots de fleurs paysage de saison ciel bourgeons de deux prunus au dessus d’un mur de ciment deux arbres et au dessus comme un dessin pour personne ou pour moi seule les traces laissées

par une vigne vierge pédiculée ventouse sur le mur en ciment et en avant dans le premier plan si on veut une verrière au dessus d’une terrasse clématites trois fenêtres le bâtiment à côté en brique claire entre les immeubles au loin des lais de bleu lumière cheminées mais plus de fumées et dans la pièce table d’acajou à reflets  puis l’œil à nouveau dehors étais d’acier pots de fleurs couleur rouille et de nouveau sur le mur au loin sous des

coulées de rouille ou de moisissure comme une peinture expressionniste le mouvement gracieux parthenocissus tricuspidata comme un coup de vent sur le mur gravé affiches pour Séjours Outremer et aussi Maldives et aussi Prix Très Intéressant Super Promo Jeunes mais vigne pointe sèche ventouses vrilles sur le mur passage comme des cheveux une sorte de vertugadin de lumière et au centre la petite maison les oiseaux un merle

encore mes préférés je songe Daniel puis encore Éric plus tard mais plutôt s’il les gardait longs ses cheveux  branches de prunus vers quoi je reviens délicats pétales ourlés trembleurs dans l’air léger grand tableau hier rue de Moscou rue de Berne petite place au bout trois ou quatre arbres jamais de soleil le soir mais j’aimais j’aime encore toujours marcher vers le Centre de Tri PTT ce grand bâtiment en brique qui ressemble de loin à un

paquebot transatlantique au bord des voies presque en équilibre au bord du Pont de l’Europe et de là m’arrêter et voir les trains qui jouent à se ranger et à partir comme à saute-mouton grands serpents lichens bleus et rouge mais hélas il n’y a plus de fumées comme les aimait Robert Frisch donc père de JF  ô Monet ô bizarrement souvenirs de Zola bête humaine Gabin c’est une des choses que je partage avec toi Frisch mon ami

double mon doux amour oublieux apostillé de Joseph qui ressemble un peu à Daniel & je trouve même sourire ironique mais les dessins d’Éric ne me conviennent pas refaire demain le pochoir capucine grand trait oblique barrant comme une vague de soleil triangle d’or un peu comme un cadran solaire ultima necat refaire ce qui est nécessaire Sisyphe alors je reprenais le bus je reprenais le chemin je me reprenais je marchais de

nouveau dans la rue Alicieusement comme dit Christine et je lui réponds que j’arrive moi Patrickement à l’heure et on ne peut pas dire ça de son côté et elle éclate de son rire d’Afriquaine et dit Ce matin tu sais j’ai vu des choses trop folles tiens je prends le métro et sur la Ligne Deux trois personnes en quelques stations l’une qui lisait les Contemplations annotée parsemée de petits collants fluo un autre un peu plus tard qui

lisait Meaulnes dont j’ai reconnu la couverture de l’édition Poche et une femme qui lisait Testament à l’anglaise je l’ai vraiment aimé ce livre bien impertinent tu vois mais quand même trois lecteurs ce matin journée faste non ? j’ai fait un vœu puis elle disparaissait allègre à l’étage c’est elle qui a repris hier le motif capucines que je n’aime pas tellement mais qui est assez réussi dans la nouvelle gamme finalement ce plaisir de toucher

malaxer sentir les étoffes tissus le lin crayeux velours et même un coton léger comme de la soie rue d’Uzès | et  cette lumière si belle, cette minute qu’il faudrait arrêter | dans l’orange, le bleu, le rose fugaces | dans la joie | alors, se prendre aux mots ? | mais Joseph n’écrit pas que de la poésie ou plutôt il essaie de l’incorporer dans des textes de prose pense Spald c’est à dire que le rythme passe en avant de la rime c’est la nouveauté

de la littérature moderne pense-t-il les romanciers construisent des murs de mots mais le poète lui essaie de capter des murmures dans la retenue avec l’intention de faire par l’écrit comme des passerelles au dessus du fleuve comme à Lyon vois tu ces passages sur le Rhône qui balancent dans le vent  la famille de Daniel est de là bas en fait un peu en dessous aux environs de Vienne où les prunus sont depuis longtemps défleuris je pense à

cette vague remontant lentement du sud cette marée de fleurs le Front du Printemps qui remonte vers nous et je regarde la lumière lentement avancer et peindre les façades caresser le monde y dessiner un paysage toujours neuf je ne pense pas j’ondule dans le souffle des sensations croire que nous pensons voici bien l’orgueil des modernes, nous subissons un ensemble de déterminismes culturels génétiques endocriniens et

saisonniers et finalement tout est biochimique dit Daniel et bien entendu il a en partie raison mais le hasard of course random ponctue chaque chose les collisions entre les idées et les gens et justement

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2 commentaires sur « promenades (avec Joseph) »

  1. justement, les fleuves, ah les fleuves, de mots de sensations, les berges, d’autres berges, les vagues, les clapotis, les mascarets de souvenirs qu’on enjambe ou qu’on enfourche, éclats d’images de couleurs et là-bas sur l’archipel, S-W, N-E, la vague rose (oui, là-bas les cerisiers sont roses, cerisiers roses et pommiers blancs, et leurs contraires) une vague qui porte un nom là-bas, oui mais lequel ? Et sous les cerisiers r.o.s.e.s des milliers-millions de nappes de plastique bleu pour le pique-nique rituel du printemps que J. qui n’est jamais allé en direction du soleil Levant, mais il est vrai que la Suisse c’est déjà un peu le soleil Levant, n’aura jamais connues. Quoique ?

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