le feu [1943 Fierstadt]

              elle se souvenait alors de ces jours où il fallait allumer le feu, des feuilles de tilleul et de figuier emmagasinées dans la réserve de la souillarde, tassées, séchées et presque prêtes à partir en poudre, des larges brassées de feuilles de l’automne que Maurice conservait « pour la flamme », et c’est vrai que c’était le moment sur les tisons, où à la fin du dîner on lançait -curieuse habitude – la « flambée » tout brûlait en quelques minutes et ensuite sous la ferme la vallée restait parfumée pendant une heure, la fumée y stagnait en bancs bleutés dans les épaules de la brume. C’était le soir profond et avant que la dernière lumière s’éteigne, quand la flamme blanche et jaune avait rendu l’âme,  elle disposait au fond d’une cocotte deux bocaux de prunes de l’année dont le jus parfumait les morceaux de viande (de l’oie, du lapin, etc.) qui allaient mijoter encore à petit bruit jusqu’à l’extinction des cendres. Le plat était encore tiède quand venait l’aube et qu’il était temps alors de rallumer un feu, un nouveau feu, chaque matin différent avec des petits rondins de charmille, ou parfois du charbon en briquettes.

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