matin [Paris Hotel Buffon mars 1954 ]

Ce petit mot, ce bruit de lèvres qui s’entrouvrent comme une porte, cette ébauche du cri dans le son de ce mot quand on le lit. Ecrire donc mais lentement: avec peu d’adjectifs – trop qualificatifs, ils emprisonnent le lecteur -, peu ou pas d’adverbes – pas d’emphase -, hors métaphores convenues,  hors convenances, hors temps, sans écoles, hors modes. Se surprendre, puis se reprendre, puis abandonner.

Ecrire s’apprend, seul donc, mais pas souvent du premier jet, de la première presse, plutôt d’un long passage dans le tonneau de chêne du coeur, dans le sang et la sueur de celui qui écrit, dans la bouche de celui qui dit, dans le souvenir tumultueux de ce qui a été lu, pensé, noté.

Il y avait un matin, j’entendais le crissement maritime du vent sur l’arbre, je voyais la ronde des cris d’oiseaux alentour dessinant la profondeur du paysage, peignant le monde majestueux, le jardin puis la ville autour, et les histoires sous chaque toit. Si je ne pouvais plus utiliser les mots, c’était sans espoir, sans vie, sans pensée. Alors même quand je n’écrivais pas, je me préparais à dire.


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