assis [lettre à R Paris 8 mai 1949]

… assis sur place, sur la place, devant une bière tellement amère (vous attendrrez un peu ? mon marri  i vient de rremplacer le tonneau a-t-elle demandé), et derrière conversations de zinc, derrière échos de voix, masculines-féminines, derrière ces choses qu’on dit dans les cafés; choses de rien, dites lentement, pour dire, pour vivre. Pour être moins seuls on parle, on blesse un peu le silence, alors que moi je voudrais être seul, me boucher les oreilles et les regarder vivre là seulement, profiter du mouvement de leurs visage, des mimiques, mais eux ils ont encore besoin de parler tu vois, les dates anniversaires, ce sont les femmes qui commencent mais rapidement avec l’alcool les hommes suivent. Alors la guerre revient encore et encore, et moi je voudrais bien oublier tout ça et comment faire, mais pourquoi es tu restée à Rome sale méchante vilaine fille ?

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