Janvier 1899

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Lyon [à François T. 1953]

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            (…) je t’envoie aussi quelques dessins de broches que tu pourrais traduire en métal argenté: ici je vends des bracelets toute la journée et je n’ose pas dire mon métier « représentant », mais les gens aiment bien ces montres qu’ils portent, et à force de passer d’un bijoutier à un horloger il me vient des envies de faire autre chose. De passer à ce qui ne me ferait pas gagner ma vie mais qui m’amuserait vraiment. Seulement l’époque est difficile, alors cette idée là me quitte bien vite et me revoici avec mes tiroirs pleins de bracelets-montres, passant d’une gare à l’autre. Mais ce qui sauve les choses dans ce genre de métier stupide, ce sont les visages qu’on croise. Je ne les photographierai jamais mais je profite bien de chaque discussion, je regarde attentivement chaque visage – on se réconforte comme on peut – tu sais la France est un joli pays, mais bien hostile quand on porte un nom qui parle un accent d’ailleurs (…)

soutirez le coeur [Paris sept 1957]

Traité du péristyle

Ecrivez sanglant si c’est Mardi
Ecrivez avec des pierres, mettez du lest au bout des phrases
Assassinez cyniquement les majuscules
Syntaxez vous sur les barricades des lèvres
Alanguissez les mots, raffutez les
Jouissez par la langue imponctuée
Crachez votre douceur, déroutez l’avenir
C’est Mardi je dis, c’est Jeudi je doute
Soyez inexorablement flou
Vous serez toujours en dessous de la moyenne des autres oiseaux
Devenez voleur, adverbe, amer, lascif
Ecartez les ailes
Abdiquez les adjectifs
Forgez des verbes d’action volatile
Conjuguez irrégulièrement à l’huile de rage
Etalez vous dans la page
Jetez vous à l’encre
Pêchez par ignorance
Harponnez, puisez dans des gouffres
Devinez des réponses à des non-questions
Dormez juste du sommeil des deux oreilles
Soutirez le coeur