lettre 5/8 [1951 Paris]

(…) Il scrute les nuages depuis dix minutes ? une heure ? qui défilent dans le bleu avec différents plans, à plusieurs altitudes :

masses blanches, grands sacs débordant de coton, capables de déplacer des fleuves d’un bout à l’autre du monde, parfois couronnés d’une éblouissante bordure, bêtes célestes (un éléphant sous une moustiquaire d’apparat, un crocodile gueule ouverte, des poissons d’aquarium) avec un ventre gris, empli, pesant, et derrière, au dessus des serpentins comme quand le pinceau dérape, puis se diluant dans la laque du ciel, revenant vers un bleu plus froid : azur sombre tout en haut, puis glacis plus pâle vers le bas, bleu piscine, puis comme un empilement de draps teintés offerts sur des plats de céramique et encore après passant au blanc neigeux, ivoire puis cristal, juste frôlé de bleu pâle vers l’horizon, là où la couleur semble immuable quand l’œil arrive à toucher le sol, et très très loin à gauche, la flaque du lac où s’élève de la vapeur.


Attendre: prolonger l’entracte à l’infini, lassé des acteurs. (…)

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