lettre 3/8 [1951 Paris]

 (…) … Il n’a presque plus mal maintenant et si le visage reste un peu endolori ce n’est plus la douleur vraiment, il peut désormais passer ses deux mains sur son visage : front, joues, tout entier, et ça n’était pas arrivé depuis longtemps, il se lave sous l’eau très froide, si étonnante dans l’été, ressent le rèche du gant, puis la serviette. (Il dit qu’il) faut patienter : il faut attendre ce soir, il sait aussi qu’il y pensera encore dans la journée.


A force de tremblements sur l’horizon le soleil se lève complètement, c’est ce qu’on remarque en s’accoudant à la fenêtre, et loin les clignotements de quelques voitures marquent la route, l’air monté des terrasses abandonnées (oliviers, châtaigniers, absolu désordre…) du premier plan rend le lointain flou. Entre deux bouffées de vent – cette impression légère du matin, comme si l’espace était maintenant creusé d’échos, comme si toutes les parois du monde avaient cédé, comme si on comprenait le bout des choses – on devine sans voir des moissonneuses tirant d’un bord à l’autre du champ puis revenant, sans doute dans un nuage pâle de poussière, on perçoit les chuchotements des objets, les battements d’ailes des oiseaux, la pierre du sol.


(il pense) On caresse le visage du réel. (…)

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