matisse [Paris 1954]

                                           Paris 17 novembre 1954

Salut vieux Paul,
Tu sais qu’Henri Matisse est mort il y a quelques jours et il se trouve que j’étais à Paris à ce moment-là, si bien que l’idée m’est venue d’emmener la fille de ma concierge pour voir ses gravures (je crois que c’est un grand & mystérieux cadeau aux enfants que de leur apprendre à voir ce qui est beau). Anne est une petite fille de 11 ans un peu grande pour son âge avec des cheveux bouclés, vrai visage d’ange. Dans le quartier il y avait un collectionneur anglais qui avait profité de la disparition de M pour essayer de vendre au mieux des gravures, des lithos : imagine quatre grandes pièces d’affilée dans une galerie vide parce que nous étions les premiers visiteurs ce matin-là. Par la fenêtre on voyait un petit jardin avec une pelouse verte et jaune, en face un mur décoré de treillages verts en forme de portes,  à droite un  platane, quelques pots de géraniums, un buis rond, tel petit if, au bout du jardin ce merle qui picore et à côté de moi le visage de la petite qui regarde sagement avec sa grande écharpe orange et sa petite figure pâle. J’aime toutes ses gravures ! il montre la vie qui l’entoure, et surtout des visages , des danseuses – mais pas la série des otaries marocaines qui me lasse un peu -.

A ce propos j’ai eu des nouvelles de Riesser qui rentre d’une expédition dans le sud de l’Algérie: vie austère, écarts de 70 degrés entre le jour et la nuit, etc. un jour il se baigne dans une réserve d’eau, une sorte de citerne posée au bord de la route, en sortant il dit qu’il a séché tellement vite – en quelques secondes- qu’il a ressenti une impression de froid comme jamais. Intéressante application de l’échange des températures !

et puis cette inscription héraldique recopiée chez un bouquiniste (François Le Buhan):

 » Azur crié d’or
arraché de mer
lampassé d’
aube
écartelé en sautoir
d’argent aux quatre
pals de gueules
à fasce de Licorne  »

Maroc, Algérie, je dois souffrir du froid je pense; je, moi et les autres encore on t’embrasse. Repose toi avant d’être mort; on ne sait jamais.

Giuseppe Frisch

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